07/06/2018

Une victoire pour chaque patient

L'assouplissement des directives de l'Académie Suisse des Sciences Médicales (ASSM) en fin de vie et particulièrement pour l'assistance au suicide est un énorme pas en avant dans le respect du choix de sa mort pour chaque individu qui décide de mettre fin à ses jours par l’intermédiaire d'EXIT. La  "souffrance insupportable" qui permet cette assistance reconnaît enfin le pouvoir du patient et non plus celui du corps médical qui devrait décider à sa place. Cette "souffrance" est enfin reconnu comme un critère à la place de celui de mort imminente qui était le critère à respecter dans l'ancienne version de ces directives.

Ce nouveau critère fait débat car la Fédération des Médecins Suisses (FMH) voudrait le conserver ; elle qui s'oppose à la nouvelle version actuellement.Elle doit prendre une décision définitive cet automne. 

Cela n'empêchera pas EXIT d'accepter les cas de "pathologies invalidantes" car ce qui est essentiel pour cette association, dans laquelle comme médecin je milite depuis plus de 40 ans, c'est que seul le respect du choix du patient est essentiel car il y a de plus en plus de personnes âgées qui décident de partir sans forcément être à l'article de la mort.

Merci à l'ASSM d'avoir franchi ce pas qui permet enfin de prendre en compte la volonté de chaque patient tout en respectant  des critères bien définis.

Béatrice Deslarzes

Accompagnatrice et médecin conseil d'EXIT

 

 

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Commentaires

En quoi est-il juste (de justesse et non justice) d'octroyer à l'Académie Suisse des Sciences Médicales (ASSM) le droit de vie ou de mort sur les individus?
A partir de quelle(s) réflexion(s) décrètent-ils ce qu'il convient de faire au moment où un malade conscient mentalement mais pas en contact avec son inconscient qui anime sa vie, demande qu'on lui donne les moyens de passer de vie à trépas?
Qui détermine le devoir et le pouvoir du médecin?

L'article d'un Pr de médecine à Montréal développe le sujet : "L'euthanasie n'est pas une solution humaine". http://www.lapresse.ca/debats/votre-opinion/cyberpresse/200909/21/01-904029-leuthanasie-nest-pas-une-solution-humaine.php
Dans les commentaires aussi nous trouvons des éléments très pertinents.

En France également, les Etats Généraux de la bioéthique ont longuement débattu du sujet et un article du JIM.fr exprime bien par son titre : "Donner la mort n'est pas un soin". Ce qui pose bien la question si c'est encore du ressort du médecin.
http://www.jim.fr/medecin/jimplus/tribune/e-docs/donner_la_mort_nest_pas_un_soin__171868/document_edito.phtml

C'est clair que le problème est d'autant plus aigu qu'on a beaucoup de peine actuellement de reconnaître et d'admettre quand un patient est proche du trépas et qu'on cherche à conserver sa vie organique alors que son être est prêt.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 07/06/2018

Je vous félicite pour le travail que vous faites et la manière dont vous défendez cette liberté essentielle des êtres humains qu'est le choix de leur fin de vie.
Rien n'est plus inquiétant que le recours à des formules telles que "pas en contact avec son inconscient qui anime sa vie" pour priver des femmes et des hommes de cette liberté au nom de principes et de valeurs qu'ils ne partagent pas.
Maintenant que nous sommes de moins en moins soumis, dans notre pays du moins, à la menace religieuse de l'enfer pour ceux qui mettent fin à leur vie, il serait bien triste que des formules de la psychiatrie (au sens large du terme) prennent le relais pour nous soumettre à leurs camisoles de force idéologiques.
Un documentaire très intéressant et touchant de la télévision romande montré le travail admirable qui se fait dans la maison d'accueil "Tara" pour malades d'un cancer. Belle villa située dans un grand jardin arborée de la campagne genevoise, elle met 4 chambres à la disposition de personnes qui ont fait le choix de terminer leur vie accompagnées d'un grand nombre de volontaires, d'un médecin et d'une infirmière sous accueillis par une femme (ou un couple) de gens dévoués à leur cause.
La malade que nous avons pu ainsi suivre dans son voyage avait décidé de se laisser mourir de faim et sa décision a pris effet au bout de 17 jours, pendant lesquels elle s'est montrée pleine d'égards pour ses soignants, leur offrant en même temps des souvenirs de sa vie ainsi que les leçons de sagesse qu'elle en avait tirée.
17 jours dans une maison de 4 chambres, à un coût de 200.- CHF par jour, au lieu du recours à EXIT, ne devait être motivé que par une obéissance religieuse, me semble-t-il, ou une autre raison dont nous n'avons pas eu connaissance. Malgré toute la sympathie que j'ai ressenti pour cette personne elle-même et toutes celles qui l'entouraient, je n'ai pas pu faire le constat que c'est une démarche de privilégiée, qui a pu échapper au sort moins enviable des soins hospitaliers, qui ne peuvent mettre à disposition 24 h/24 un personnel aussi présent que celui de Tara.
Combien faudrait-il de Tara pour s'occuper ainsi de toutes les personnes qui aimeraient mourir dans ces conditions? Combien de propriétaires de villas ? Combien de centaines d'accompagnants bénévoles? Combien de fonds privés personnels ou offerts?

Écrit par : Mère-Grand | 07/06/2018

Mère-Grand : Grand merci de nous informer de Tara. Si le personnel actuel semble manquer à l'hôpital c'est aussi parce que l'organisation générale ne se préoccupe que très peu de la dimension offerte par Tara. Sinon, il pourrait organiser un groupe d'accompagnateurs adéquat. La nécessité est la mère de toutes les inventions!
Ne confondez pas liberté et libre-arbitre!
Chacun a le libre-arbitre de penser et de choisir ce qui lui correspond. Cela ne signifie pas que sa réalité subjective n'ait pas de limites alors que la réalité disons universelle est bien plus large. C'est justement en approchant du trépas, de ce passage à autre chose, que la conscience peut s'élargir. C'est une dimension qu'on peut proposer plutôt que d'offrir des moyens toxiques pour abréger arbitrairement et abruptement l'existence.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 08/06/2018

"Cela ne signifie pas que sa réalité subjective n'ait pas de limites alors que la réalité disons universelle est bien plus large"
J'essaie de comprendre: une réalité subjective a nécessairement les limites du qui la ressent, la pense et peut-être l'énonce; si quelqu'un connaissait une "réalité universelle", il serait très tenté de vouloir l'imposer aux autres, et c'est justement la tentation à laquelle cèdent certains de ceux qui croient la connaître, notamment les ceux qui adhèrent à une religion.
Pour moi, qui ne la connais pas (et je crois que je suis loin d'être le seul), je fais confiance en la réalité subjective de celui qui veut décider de son avenir, ici sa fin de vie.

Écrit par : Mère-Grand | 08/06/2018

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